REFUGE

Parfois un recoin, un mur à moitié effondré
un virage dans le chemin où la brise
ne peut pas t'attraper ; d'autres fois un abri construit,
un refuge de berger en pierres plates posées
pour tenir le vent à distance. Un jour, au sommet d'une passe,
ce fut une caverne dans la roche montagneuse qui t'arracha
au tourbillon de la neige tournoyante
et au froid mortel pour que tu puisses vivre
jusqu'à la pâle aube grise.

Puis en Galice, ce fut un souffle de chaleur
qui s'échappe d'une porte de cuisine, de sa lumière palatiale,
et le sourire d'une jeune fille ; la famille derrière, qui t'invite
à entrer, comme si tout cela disait de tout refuge, voyageur,
que jamais tu trouveras sur la route, même parmi ceux que
tu connais, l'amour de l'étranger est le meilleur.

- David Whyte
from Pilgrim


TRAVAILLER ENSEMBLE

Nous formons notre être
pour l'accorder au monde

et par le monde
nous sommes formés à nouveau.

Le visible
et l'invisible

travaillant ensemble
pour une cause commune,

pour produire
le miraculeux.

Je pense à la manière dont
l'air impalpable

qui s'engouffre rapidement
sous une aile arrondie

sans effort
supporte notre poids.

Ainsi pouvons-nous, dans cette vie
faire confiance

à ces éléments
qu'il nous reste à voir

ou à imaginer,
et chercher la véritable

forme de notre être,
en le formant

à tout ce qui est
impalpable autour de nous.

- David Whyte
from The House of Belonging & River Flow
 


LA FOI

Je veux écrire sur la foi,
      de comment la lune s'élève
            au-dessus de la neige froide, nuit après nuit,

fidèle alors même que sa plénitude faiblit,
      prenant lentement la forme de l’ultime courbe et de   l’improbable
            faisceau de lumière avant les ténèbres finales.

Mais moi-même je n'éprouve aucune foi,
      Je lui refuse le moindre accès.

Que mon petit poème soit ainsi,
      telle une nouvelle lune, mince et à peine révélée,
            la première prière qui m'ouvre à la foi.

- David Whyte
from The House of Belonging & River Flow
©1996 Many Rivers Press


QUELQUEFOIS

Quelquefois
si tu avances avec prudence
à travers la forêt,

en respirant
comme ceux
dans les vieilles histoires,

qui pouvaient traverser
un tapis de feuilles chatoyantes
sans un son,

tu arrives
à un endroit
dont l'unique tâche

est de t'importuner
avec d'infimes
mais effrayantes requêtes,

qui sortent de nulle part
mais qui dans cet endroit
commencent à mener partout.

Des requêtes à arrêter ce que
tu es en train de faire maintenant,
et

à arrêter ce que
tu es en train de devenir
pendant que tu le fais,

des questions
qui peuvent faire
ou défaire
une vie,

des questions
qui t'ont patiemment
attendu,

des questions
qui n'ont pas le droit
de disparaître.

- David Whyte
from Everything is Waiting for You & River Flow
© 2003 Many Rivers Press


LES YEUX QUI S'OUVRENT

D’après R. S. Thomas

Ce jour-là j’ai vu sous des nuages noirs
une funeste lumière au-dessus des flots
et j’ai entendu la voix du monde s’élever,
j’ai alors su, comme je l’ai su autrefois,
la vie n’est pas un souvenir funeste de ce qui a été
ni les dernières pages d’un grand livre
qui attendent d’être lues.

Ce sont les yeux, fermés depuis longtemps, qui s’ouvrent enfin.
Ce sont les choses lointaines
que l’on voit grâce au silence qu’elles renferment.
C’est le cœur qui, après des années
de dialogue secret,
s’exprime enfin à l’air pur.

C’est Moïse dans le désert,
tombé à genoux devant le buisson en flammes.
C’est l’homme qui jette ses chaussures
comme pour entrer au paradis
et qui se retrouve stupéfait,
ouvert enfin,
tombé amoureux de la terre ferme.

- David Whyte
from River Flow: New & Selected Poems
©2006 Many Rivers Press


LE PUITS DU CHAGRIN

Ceux qui refusent de glisser sous
      la surface immobile sur le puits du chagrin,

en tournoyant à travers ses eaux noires
      jusqu’au point où l’on ne peut plus respirer,

ne connaîtront jamais la source à laquelle nous buvons,
      cette eau secrète, froide et limpide,

ni ne trouveront dans l’obscurité luisante,
      les petites pièces rondes,
            jetées par ceux qui souhaitaient autre chose.

- David Whyte
from River Flow: New & Selected Poems
©1990 Many Rivers Press


MAMEEN

Deviens infinitésimal sous ce ciel, une créature
que même le faucon en vol ne voit pas, un spectre
parmi les rochers, là où la brume se dissipe lentement.

Souviens-toi que les simples mortels sont accablés
par la force des choses, que les plus grandes réputations
sont détruites par l’infirmité, et que toi,
en particulier, tu n’es qu’à un cheveu de perdre
tous ceux qui te sont chers.

Et puis, retourne-toi et regarde le chemin vers le nord,
celui d’où tu viens, comme si tu voyais
ton passé tout entier, puis vers le sud
par-delà la côte, bleue et embrumée, comme présent
face à un vaste avenir.

Rappelle-toi que tu es toutes les possibilités
que tu vois, que tu vis bien mieux
en étant celui qui sonde les horizons,
que tu les atteignes ou non.

Reconnais qu’une fois levé
de ta chaise et la porte ouverte,
une fois que tu es sorti à l’air pur
pour aller vers cette limite et une fois engagé sur le chemin qui mène
au-delà de l’ordinaire, tu fais partie
des privilégiés et des pèlerins,
celui qui racontera l’histoire
et celui qui, une fois revenu
de la montagne,
aura participé à sa création.

- David Whyte
from River Flow: New & Selected Poems
©2006 Many Rivers Press


LE VOYAGE

Au-dessus des montagnes
   les oies se dirigent à nouveau
      vers la lumière

découpant leurs
   silhouettes noires
      sur un ciel dégagé.

Parfois, tout
   doit être
      inscrit dans
         les cieux

pour que tu trouves
   cette ligne unique
      déjà gravée
         en toi.

Parfois, il faut
   un vaste ciel
      pour trouver cette

première, indescriptible
   et lumineuse
      part de liberté
         dans ton propre cœur.

Parfois avec
   les restes des morceaux
      de bois noircis qui subsistent
         une fois le feu éteint

quelqu’un a écrit
   quelque chose de nouveau
      dans les cendres
         de ta vie.

Tu ne t’en vas pas.
   Tandis que la lumière
    faiblit si vite.
     Tu arrives.

- David Whyte
from The House of Belonging & River Flow
©1996 Many Rivers Press


LA MAISON D'APPARTENANCE

Je me suis réveillé
ce matin
dans la lumière dorée
me retournant dans mon lit
et

Pensant
un instant
que c’était une
journée
comme les autres.

Sauf que
le voile qui recouvrait
mon cœur assombri
avait disparu
et
je me suis dit

ce devait être
la lueur discrète d’une bougie
qui baignait ma chambre,

ce devait être
le premier
rythme apaisé
de la respiration
qui m’a emporté
dans le sommeil,

ce devait être
la prière que j’ai dite
en m’adressant à l’altérité
de la nuit

Et
je me suis dit
c’est la bonne journée
pour rencontrer
ton amour,

c’est la journée triste
lors de laquelle un de tes proches
pourrait mourir.

C’est la journée
où tu prends conscience
avec quelle aisance est brisé
le fil qui unit
ce monde
et le suivant

et je me tenais là
redressé
dans le chemin silencieux
de la lumière,

le cèdre
massif, couleur fauve,
s’embrasant autour
de moi tel un feu
et tous les anges de ce paradis
familier s’élevant
par le premier
toit de lumière
bâti par le soleil.

C’est la maison lumineuse
dans laquelle je vis,
c’est ici
que j’invite
mes amis
c’est ici que je souhaite
aimer toutes les choses
que j’ai mis si longtemps
à apprendre à aimer.

C’est le temple
de ma solitude adulte
et je suis chez moi
dans cette solitude
comme je suis chez moi dans ma vie.

Il n’y aucune maison
comme la maison d’appartenance.

- David Whyte
from The House of Belonging & River Flow
©1996 Many Rivers Press

REFUGE

Sometimes a nook, a wall half down
a swerve in the path where the breeze
can't catch you; other times a made shelter,
a shepherd's build up of flat stones curved
to keep the wind off. Once, at the top of the pass,
it was a cave in the mountain rock taking you
in from the swirl and eddy of snow
and the killing cold so you could live
to a grey blank dawn.

Then in Galicia, it was a breath of warmth
 from a kitchen door, palatial with light and a
daughter's smile; the family behind, asking
you in, as if to say of ail shelter, traveler,
you'll ever find on the road, even with those
you know, the stranger's love is best of all.

- David Whyte, from Pilgrim
©2012 Many Rivers Press


WORKING TOGETHER

We shape our self
to fit this world

and by the world
are shaped again.

The visible
and the invisible

working together
in common cause,

to produce
the miraculous.

I am thinking of the way
the intangible air

traveled at speed
round a shaped wing

easily
holds our weight.

So may we, in this life
trust

to those elements
we have yet to see

or imagine, 
and look for the true

shape offer own self,
by forming it well

to the great
intangibles about us.

- David Whyte
from The House of Belonging & River Flow
© 1996 Many Rivers Press


FAITH

I want to write about faith,
      about the way the moon rises
            over cold snow, night after night,

faithful even as it fades from fullness,
      slowly becoming that last curving and impossible
            sliver of light before the final darkness.

But I have no faith myself,
      I refuse it the smallest entry.

Let this then, my small poem,
      like a new moon, slender and barely open,
            be the first prayer that opens me to faith.

- David Whyte
from The House of Belonging & River Flow
©1996 Many Rivers Press


SOMETIMES

Sometimes
if you move carefully
through the forest,

breathing
like the ones
in the old stories,

who could cross
a shimmering bed of leaves
without a sound,

you come
to a place
whose only task

is to trouble you
with tiny
but frightening requests,

conceived out of nowhere
but in this place
beginning to lead everywhere.

Requests to stop what
you are doing right now,
and

to stop what you
are becoming
while you do it,

questions
that can make
or unmake
a life,

questions
that have patiently
waited for you,

questions
that have no right
to go away.

- David Whyte
from Everything is Waiting for You & River Flow
© 2003 Many Rivers Press


THE OPENING OF EYES

After R.S. Thomas

That day I saw beneath dark clouds,
the passing light over the water
and I heard the voice of the world speak out,
I knew then, as I had before,
life is no passing memory of what has been
nor the remaining pages in a great book
waiting to be read.

It is the opening of eyes long closed.
It is the vision of far off things
seen for the silence they hold.
It is the heart after years
of secret conversing,
speaking out loud in the clear air.

It is Moses in the desert
fallen to his knees before the lit bush.
It is the man throwing away his shoes
as if to enter heaven
and finding himself astonished,
opened at last,
fallen in love with solid ground.

- David Whyte
from River Flow: New & Selected Poems
©2006 Many Rivers Press


THE WELL OF GRIEF

Those who will not slip beneath
      the still surface on the well of grief,

turning down through its black water
      to the place we cannot breathe,

will never know the source from which we drink,
      the secret water, cold and clear,

nor find in the darkness glimmering,
      the small round coins,
            thrown by those who wished for something else.

- David Whyte
from River Flow: New & Selected Poems
©1990 Many Rivers Press


MAMEEN

Be infinitesimal under that sky, a creature
even the sailing hawk misses, a wraith
among the rocks where the mist parts slowly.

Recall the way mere mortals are overwhelmed
by circumstance, how great reputations
dissolve with infirmity and how you,
in particular, stand a hairsbreadth from losing
everyone you hold dear.

Then, look back down the path to the north,
the way you came, as if seeing
your entire past and then south
over the hazy blue coast as if present
to a broad future.

Remember the way you are all possibilities
you can see and how you live best
as an appreciator of horizons,
whether you reach them or not.

Admit that once you have got up
from your chair and opened the door,
once you have walked out into the clean air
toward that edge and taken the path up high
beyond the ordinary, you have become
the privileged and the pilgrim,
the one who will tell the story
and the one, coming back
from the mountain,
who helped to make it.

- David Whyte
from River Flow: New & Selected Poems
©2006 Many Rivers Press


THE JOURNEY

Above the mountains
   the geese turn into
      the light again

painting their
   black silhouettes
      on an open sky.

Sometimes everything
   has to be
      inscribed across
         the heavens

so you can find
   the one line
      already written
         inside you.

Sometimes it takes
   a great sky
      to find that

first, bright
   and indescribable
      wedge of freedom
         in your own heart.

Sometimes with
   the bones of the black
      sticks left when the fire
         has gone out

someone has written
   something new
      in the ashes
         of your life.

You are not leaving,
   Even as the light
      fades quickly now,
         you are arriving.

- David Whyte
from The House of Belonging & River Flow
©1996 Many Rivers Press


THE HOUSE OF BELONGING

I awoke
this morning
in the gold light
turning this way
and that

thinking for
a moment
it was one
day
like any other.

But
the veil had gone
from my
darkened heart
and
I thought

it must have been the quiet
candlelight
that filled my room,

it must have been
the first
easy rhythm
with which I breathed
myself to sleep,

it must have been
the prayer I said
speaking to the otherness
of the night.

And
I thought
this is the good day
you could
meet your love,

this is the gray day
someone close
to you could die.

This is the day
you realize
how easily the thread
is broken
between this world
and the next

and I found myself
sitting up
in the quiet pathway
of light,

the tawny
close grained cedar
burning round
me like fire
and all the angels of this housely
heaven ascending
through the first
roof of light
the sun has made.

This is the bright home
in which I live,
this is where
I ask
my friends
to come,
this is where I want
to love all the things
it has taken me so long
to learn to love.

This is the temple
of my adult aloneness
and I belong
to that aloneness
as I belong to my life.

There is no house
like the house of belonging.

- David Whyte
from The House of Belonging & River Flow
©1996 Many Rivers Press